2011-11-12, Prenons par exemple la paralysie générale, dont les"
altérations anatomiques offrent un type presque constant :
nous savons aujourd'hui que, loin d'être toujours caracté-
risée, comme on le croyait au temps de Bayle, par le délire
des grandeurs, elle peut coïncider avec la lypémanie, avec
la monomanie, avec l'excitation maniaque, avec l'hypo-
chondrie et même avec la démence. Voilà donc une lésion
anatomique à peu près constante, qui se traduit au dehors
par des phénomènes intellectuels essentiellement divers.
Que penser, dès lors, des pathologistes qui croient pouvoir
mettre le doigt sur la lésion caractéristique de la vé-
sanie?
On conçoit, d'un autre côté, qu'il est parfaitement pos-
sible que les troubles intellectuels ne laissent derrière eux
aucune trace appréciable. Une excitation morbide déter-
minée fait dévier les fonctions cérébrales ; mais, une fois
l'excitation disparue, il ne reste plus de lésions visibles.
Placez une boussole auprès d'un morceau de fer, vous
verrez dévier l'aiguille ; mais l'examen le plus attentif ne
vous fera constater aucune altération physique dans cette
petite barre d'acier.
Mais pourquoi nous en tenir à des comparaisons vagues,
quand la science nous permet d'articuler des faits précis ?
Les expériences de Haller, reprises et confirmées par
Helmholtz, ont démontré que la vitesse du fluide nerveux.
est d'environ 33 mètres par seconde; elle est d'ailleurs
moins considérable dans les centres d'innervation, et sur-
tout dans la substance grise.
On est allé plus loin, et grâce à des expériences très in-génieuses, Donders (1) a pu mesurer la vitesse de la pensée :
elle est peu considérable, moins grande que celle du fluide
nerveux, qui est elle-même infiniment inférieure à celle de
la lumière et de l'électricité.
Mais cette-vitesse elle-même n'est pas constante; elle
varie suivant les individus, suivant l'âge du sujet, et sui-
vant les conditions de l'expérience. Qui sait si dans les cas
pathologiques il n'existe point un trouble profond sous ce
rapport? Qui sait si ce ralentissement de la pensée ne pro-
duit pas chez certains malades une altération marquée de
l'intelligence et ne détermine pas certains symptômes de la
folie? On pourrait peut-être y rattacher plusieurs cas de
mélancolie avec stupeur.
Le ralentissement dont je parle a été constaté par rap-
port aux nerfs périphériques, soit après un épuisement dé-
terminé par la fatigue, soit après une forte application
d'électricité.
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